•  

     

    La pluie avait cessé. Des milliers de feuilles flottaient sur l'eau brune de l'Adour. J'ouvrais grand les fenêtres de l'hôtel pour laisser le vent circuler et toi, tu enfouissais ton petit minois dans un coussin jaune citron.

     

    Septembre déroulait déjà son manège cuivré.

     

    Everybody Knows détonnait dans ma mémoire lorsque je laissais glisser ma main le long de ta peau, elle avait ce matin là une luminosité orange. Je serais resté un million d'années comme ça.

     

    Il fallait y aller pourtant.

     

    On glissait un peu sur les pavés humides. Le soleil dévorait le reste de nuages dans le ciel -  tout était immensément triste. Main dans la main, on divaguait en sifflotant Here It Comes. Parce que je l'écoutais sans cesse.

     

     

     

     " i swear i've known some people come and go

     

    fade away to some other place they know

     

    as i stand alone unfurl my flag

     

    of solitude and sin

     

    wrapped up in the place i'm in. "

     

     

     

     

    Ces mots étincelaient devant mes yeux.

    Je regardais tes jambes nues et au sol tous ces graviers ocres, l'eau déferlait en traînées pourpres, restes d'orage.

    La petite foule muette montait la grande route. Des vapeurs d'humidité sortaient des murs. Tu posais ton visage contre mon épaule.

    What Kind Of Friend Is This. On se sentait seul sans lui, déjà.

    Les petites tombes apparaissaient au hasard, joueuses, dans un léger brouillard de rouille.

    Black Autumn.


     

     

     

     

    Tu avais ce joli bouquet de jonquille que tu tenais comme une petite fille.

     

    On ne disait pas grand chose, tous en noir.

     

    La cérémonie oscilla entre l'irréel et une véritable détresse.

     

     

     

    Onze années et East Village me fout toujours les larmes.

     

    Drop Out reste ce bijou sombre, cette musique de l'adieu, pour lui, pour nous.

     

    Maintenant, quand je traîne dans les longues allées de Bayonne, j'écoute toujours cet album sublime et troublant.

     

    Je le laisse me guider dans les rues et je t'aperçois entrain de rire et lui nous regarde dans l'ombre.

     

    Le trio est recomposé le temps d'une chanson mais ça ne me suffit pas. Cela ne suffira jamais.

     

     

     

     

    Portrait

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  • Juin 2003. Je relisais cette nouvelle de Julio Cortázar,dans laquelle des amoureux, pour correspondre, laissent des graffitis sur les murs. J'ai toujours aimé cette écriture vacillant entre l'ordinaire et le fantastique. j'aime aussi les correspondances, les hasards. Durant cette relecture, j'écoutais une chanson magique: The Writing On The wall. Une musique nimbée de mélancolie, d'ombre et de discrétion- une musique secrète. On y entend un clavier qui charge des notes bleues comme le rêvait Delacroix pour le piano de Chopin, puis s'ajoute une voix lourde et résonnante comme une forte émotion. Ce groupe, VITESSE, allait à merveille avec la nouvelle de Cortázar.


      

     

     

    Me voilà de nouveau en Juin, les fragments de lumières s'intensifient sur l'asphalte. L'océan s'illumine et s'obscurcit d'une seconde à l'autre. La Bretagne ne connaît pas la mesure.
    Parce que j'aime Ariel Pink et que je trouve que le nom Haunted Graffiti recèle une poésie incroyable, je me mis à relire Graffiti de Cortázar.

     

     

     

     

    Je cherchais l'album de Vitesse mais en vain. Je ne me souvenais pas, immédiatement, que je l'avais donné à Emma. A ce manque s'ajouta immédiatement la mélancolie-souvenir d'un amour passé.
    Triste et frustré, surtout comme un demeuré devant l'écran de mon portable, je tombais sur ces mots: WILD NOTHING. Ces mots formaient un signe, un symbole secret. J'acceptais l'invitation, en allant écouter la musique de ce groupe.

     


     

     

    Dès les premières notes de Live In Dreams, je retrouvais cette langueur, cette impression forte de réminiscences.
    Les accords font remémorer The Smiths et le synthétiseur VITESSE.
    Summer Holiday oscille entre The Pains Of Being Pure At Heart et New Order... tant d'autres madeleines musicales viennent se bousculer tout au long de cet album. Il est bien inutile de trop en dire.

     


     

     

    Ce que je sais, c'est que je n'arrivais plus à aligner trois mots pour Emma, je ne pouvais plus rien dire. Gemini, O Lilac, Chinatown, Our Composition Book vont remplacer toutes ces lettres d'amours restées à quai.
    WILD NOTHING est l'écho parfait de mes souvenirs, le mirage somptueux de la musique de VITESSE. Une invitation à relire le secret précieux qui hante les pages de Cortázar.

     


     

     

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  • Je me relisais.
Dans un des mes carnets usé d'adolescent: " Je suis un poseur de bombes mélancoliques et toutes ces phrases... ce sont de bien mauvaises déflagrations. A vrai dire, je suis un peu l'homme jasmin d'Unica Zürn. Empêtré dans les mêmes parfums, écorché aux souvenirs. J'ai une frange de soleil éternel au-dessus des yeux." 
Je lisais cette histoire de soleil éternel et dans ma chambre une lumière ivoire, comme un fauve, se projetait sur ton corps. Je payais ma tête en alphabet muet à te voir si belle- illuminée. Quel crétin je fais- moi- qui ai appris à aimer sur les bords d'un verre. J'ai le goût de tes mèches salées à présent, j'ai le goût du sel pris le long de ton dos. 

     


     

     

    La musique de Girls est une douce charge. Elle cristallise sur mon front d'étranges lignes tendres . Le souvenir des parfums, du pollen glissé entre les cheveux comme un billet doux. 

     


    Epiphanie

     

     

    Je peux parcourir mes murmures, aligner mes mensonges comme un militaire, je pourrais le faire. J'en ricane d'être aussi solitaire lorsque tu es là, tout près. Idiot, je t'aime, à en fondre mes paupières dans l'ombre tiède de tes seins. Quand j'observe la petite cicatrice sur ta lèvre, je l'envie car elle est toujours avec toi. Elle se trimbale comme le fait cette musique sans cesse dans ma tête. Sans cesse. 

     


     

     

     

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  •  J'ai fait un rêve étrange. De larges éclairs et des sons saturés rodaient dans une pièce, j'y entrais. Sur une large peau de jaguar couleur cendre: l'immensité des jambes blanches de Sasha Grey crépitait comme des cierges. Elle portait à ses lèvres un crâne d'enfant, y goûtait un mauvais vin argentin. Ses deux petits seins poussaient son pull-over amande. Elle prit des branches d'acacia pour dessiner sur mon visage. Elle y fit des égratignures.


     

     

     

    Elle laissa glisser un peu de lait sur ses cuisses, riant dans un parfum fort de cire. Je plaçais mon visage contre son ventre ivoire et ivre de son odeur, je plongeais ma bouche entre ses jambes. Ses mollets serraient ma nuque. Elle caressait mes cheveux en chantant de vieilles romances, avec un fort accent russe.

     


    Epiphanie

     


    Je portais son goût salé à ses lèvres mais son regard noir m'indiquait bien que j'étais son prisonnier. Avec une voix douce et redoutable, elle m'ordonna de continuer l'exploration de ses saveurs. Outside me rappelle ce rêve de torpeur, balancé dans la mémoire comme de la salive.


     

    Epiphanie

     

     

     

    Cette musique pleine de langueur et d'érotisme est comme une mèche de cheveux que l'on mâche. Un électrique dérèglement des sens. Brothers and Sisters poursuit ce songe halluciné où les peaux se collent durant l'amour, où les synthétiseurs ont des parfums de sueur. Longue scansion où de douces boucles mélodiques orchestrent l'obsession. Mélanie Moran et Julien Camarena unissent leur force pour modeler une musique du bassin absolument irrésistible.

     

     

     

     

     

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  • Tu remets ton paquet de Lucky Strike dans la poche de ta chemise, tout près de ton sein blond. Je rêve, je transperce mes illusions, je fume avec ta voix. Ce soir je pense à toi, j'ai vu cette jeune femme aux cheveux noirs, elle portait cet immense chapeau de paille. Elle va devenir une ombre fanée, un parfum blanc. Elle se trimbalera dans ma tête comme un cours d'eau silencieux. Elle te ressemble. Je vais l'aimer, tu ne m'en voudras pas.

     

     

    Epiphanie

     

     

    On sera peut-être un vendredi matin, je passerai mes doigts sur ses paupières d'amande. Je ne voulais pas grandir trop vite et te retenir enrhumée dans cette chambre. Respirer un peu de ton temps. Valser avec l'innocence, coller mes lèvres contre ton épaule, avaler l'histoire sublime de ton corps. Hier, elle s'est foulée la cheville tout près de l'océan. Là où nous regardions la roche plaquer son front contre l'écume. Là où tu voulais avoir un enfant. Je regarde le trou de la cigarette dans ton t-shirt bleu ciel. Les grands nuages s'embarquent dans l'horizon, le vent est frais. Tu remets ton paquet de Lucky Strike dans la poche de ta chemise, tout près de ton sein blond.


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