• J'ai souvent fait cela, à une époque. Terminer mes étés à l'hôpital. Une drôle d'habitude, vraiment. Si D.C Berman racontait qu'il avait été hospitalisé pour avoir approché la perfection, moi, c'était pour mon moral à bascule. « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». 

    Enfin, je me souviens de ces périodes fragiles, j'écrivais: " Il ressemble à un jeune ecclésiastique ahuri. Comme tous les jours c’est la même odeur de neutre qui vient l’accueillir, la même couleur : le blanc, la même fatigue dans les visages croisés, le cercle monstrueux du neutre, la ligne terrible de la maladie où tout est sur la même mesure - l’irrémédiable. Les heures répétées, l’attente, l’espoir d’oublier la douleur, le spasme ridicule de l’envie de vivre, de continuer, de tenir, tout cela circule dans les couloirs d’un hôpital comme un courant d’air."  

    Je ne pouvais pas écrire le je, trop empêtré dans la pudeur. Et j’oubliais la musique, j’oubliais cet été où dans ma petite chambre blonde j’écoutais The Go-Betweens.

     

     

     Ces élans de vie et ces romances ont survolté mon esprit. Cela a rendu  de la candeur à mon corps lorsque tout était hostile. Un bienfait comme une amoureuse. Je remercie encore secrètement ce merveilleux groupe. Je le chéris ce vieux compagnon.


     

     

     

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  • Epiphanie

     

    Le confort, le progrès tout ça amène vite à l'enterrement collectif. Quel ennui de ne pas s'évader éreinté d'un disque! Cela arrive trop souvent, c'est une insupportable habitude. Sortir convaincu après l'écoute d'un album est une charmante assurance pour l'oublier la semaine suivante.

    Le prochain Violens est un labyrinthe peu glorieux. C'est pour cela qu'il est essentiel. Il nous porte le dégoût passager de l'inconnu, il nous surprend comme une gifle, déçoit comme seul peut décevoir l'amour. C'est dire le théâtre.

     

     

     

    Epiphanie

     

     

    Lorsque débute The Dawn of your Happiness, on se surprend excessivement à attendre, à exiger. Comme les jeunes gens un peu prétentieux et gâtés que nous sommes devenus. Cette première rafale va pourtant nous coltiner l'effarement.

    Ligne de basse ciselée, production évasive, choeurs évanescents. Empreinte des années 80 saccadée et multiple. On enveloppe ce mille feuille violent, déjà, dans notre mémoire.

    L'oreille se calme avec les premiers accords frappés de Full Collision. The Smiths, Duran Duran, New Order. Une saine cathédrale électrique, précieuse comme un parfum de femme. L'épilogue de cette composition est un carnage saisissant.

    Acid Reign vient délivrer ses lames rythmiques, sans aucuns répits. Toutes ces bousculades mélodiques assaillent l'auditeur en grandes carnassières. Nous sommes séduits, brutalement.

     Puis, on écoute et on craint. Ce qui séduit aujourd'hui c'est la continuité, ici, ce n'est que crevasses et chemins de traverse. On court vers la catastrophe comme une mauvaise locomotive. It Couldn't Be Perceived donne l'effroi des pires moments discographiques de Simple Minds. Alors que Are you Still in The Illusion? nous avait sorti de cette rude cavalcade du début, un tempo ralenti investi de cisailles électriques, It Couldn't... nous confronte à nos réticences, à notre refus. Nos références se convoquent dans nos têtes comme des harpies peu altières. Basse pincée, nappes de synthé ignobles. Le mauvais goût ne désemplit pas. Pourtant cet apparent massacre dévoilera son venin séminal après plusieurs écoutes.

     

     

     

     

    Until It's Unlit creuse un sillon étrange, dangereux comme le manque de sommeil. Musique désorientée, complexe. Alors que nous attendions la limpidité, Violens nous apporte un torrent de boue, de fleurs, de crasse et de lueurs sourdes. Dérangeant comme le visage d'une morte.

     

     

    Epiphanie

     

     

    Après cette nausée délicieuse, on évite totalement le bâillement et l'ennui avec l'impudique cascade mélodique qu'est Violent Sensation Descends. Une beauté nécessaire à cet endroit du disque qui révèle l'architecture puissante et racée que le groupe a façonné pour cet album.

     

    Could You Stand to Know? amène son cortège lumineux. Un relis émotionnel délicat et furtif. Plaqué ça et là par des lourdeurs électriques, le morceau insuffle tout de même ce charme inquiétant qui colle à la peau du groupe. Un brasier remarquable entre chien et loup.

     

     

    Epiphanie

     

     

    Le final arrive troublant. Trance- Like Turn, nous enveloppe comme une aube mystique. Vaste plage mélodique où nos sens s'adonnent au repos et aux prières envoûtantes. 

     

    Amoral vient ensevelir cette falaise vertigineuse, avec des arpèges malsains où résonnent les revenants et nos peurs les plus intimes.


     

    Another Strike Restrained ressemble à ces vents d'hiver féroces, ceux qui nous brûlent la peau après une courte balade. Rageuse et mélancolique à la fois, cette chanson ne se laisse pas apprivoiser. Laissons donc faire le temps.

    Generational Loss ample ruade cavalière vient conclure comme un orage ce disque intense et désobligeant comme une amoureuse dédaigneuse.

    Magnifique digestion de la musique, n'évitant pas le mauvais goûts et les échecs, Amoral est un disque courageux, une valeur perdue qui étincelle dans l'insignifiance de notre époque.

    Assurément, après pareille collision, on se retrouve la tête en bas et les jambes en l'air: parfaite position pour continuer ce rêve saisissant et tempétueux.

     

     

    Epiphanie

     

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    7 commentaires


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