• Pandore

    Une musique qui ouvre tout un monde.

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    Je suis un homme qui éclate les bouteilles de champagne dans les gares. Je ne manque pas d'illusions, c'est vrai. J'abuse des rendez-vous manqués, je ne célèbre rien ... le hasard s'en charge très bien. Un peu comme ce joli sosi de June Lang qui, élégamment assise dans un escalier défraîchi de la gare de Rennes, remettait les lanières de l'une de ses chaussures. Elle regardait mon pantalon taché avec une merveilleuse méfiance. Son compagnon, lui, baisait sa nuque toute fine et dorée. Elle? ... elle s'affairait à se lasser. 


    Jens Lekman - Stendhal - Bergman


    Je faisais mon voyage vers Nantes avec ce couple, assis en face de moi. J'observais parfois ces deux grands yeux noirs se voiler en regardant le paysage. Oui, elle rêvait assez souvent. Lui ne parlait pas et il tenait la main de cette jeune femme tristement. Je pensais à la musique que j'écoutais: celle de Jens Lekman et au titre de son album: I Know What Love Isn't. Une pensée redoutable et juste. Une légère amertume, de la joie, un vague parfum de fleur, un rayon de soleil qui tombe sur l'une de ses mèches blondes. Une mélancolie fatigante. Visages désertés par l'amour, petites voix complices dans la gêne et le compromis, gestes ordinaires, trop réfléchis... et parfois des paupières lunaires viennent vaporiser cet ennui. Comme je la voyais soucieuse et emmurée ma June Lang.



    Voyageur seul à la bouteille de champagne brisée dans les escaliers d'une gare, je me plaisais à imaginer leur vie, leur rencontre. Mais rien ne se dégageait d'eux. Je me souvenais, moi, d'un quai de gare, un matin doux de Février en Bretagne, de tes lèvres. Je n'ai plus jamais serré quelqu'un dans mes bras comme toi. Depuis, j'ai souvent observé ce que n'est pas l'amour. Sans jugement... une simple fadeur, une lueur terne. Le temps qui passe. Bergman disait: " Une liaison amoureuse explose en conflits, c'est inévitable. L'amitié est plus exigeante, elle n'a pas le même besoin de tumulte et de lavage de linge sale. "




    Nantes arrivait dans une belle douceur. Elle, très joliment, remettait ses cheveux en ordre. En ordre... je repensais à tes propres cheveux. A tes larmes lorsqu'il a fallu nous séparer. Je suis resté dans ma chambre une semaine, sans rien dire, sans rien faire ... puis les grandes lames au fond de la gorge, les souffrances, l'impossibilité de l'oubli... tout ça vous définit un homme.

    Si June recouvrait ses cils de fatalité - elle était encore belle, oui, June tu es encore très belle quand je te regarde partir. Et moi ? Qu'est-ce que je veux à présent ? Maintenant que je sais que je ne t'aime plus.... je veux simplement célébrer une autre main, une autre peau. Un autre amour.



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  •  Le Miroir.


    J'ai essayé d'être aimé. Elle, ma Comtesse Othenin d'Haussonville, son reflet, sa sueur acidulée. Je laisse passer les jours, les mois, les années. Vague parfum de glycine, mois de juin, mur de pluie puant de chaleur, je fais une longue marche dans mon souvenir. Le souvenir vient, doucement, me manger dans la main comme un animal sauvage.


    The Wake- François And The Atlas Mountains- Balthus


    Cela fait pourtant un moment que j'ai cloué les heures profanes de cet amour. Cette femme, je la revois fondue dans un paysage, comme cette enfant perchée en haut d'un cerisier, souvenir émouvant d'une toile de Balthus.

     

    The Wake- François And The Atlas Mountains- Balthus - Losey


    " Ce tableau, c'est toi, tout toi, une immensité presque ignorée et la stature confondante de ton innocence. J'ai tant vu de choses disparaître derrière le miroir pourpre de tes lèvres. Mes mots, ta peur. Je me souviens du portrait terrible de ta mère, ses yeux comme deux étrangers verts qui illuminaient le salon éteint. Ses yeux qui rongeait sa fille comme une petite cicatrice secrète. "


        

     

    Une journée entre toutes, je revois les nuages rêveurs de Provence et toi qui ne me renvoyais rien d'autres que tes secrets. Tes secrets roulant le long de tes hanches, frappés contre ta nuque. J'aimais entendre tes silences fermes contre ta peau. J'ai essayé de te plaire mais tu étais déjà si lointaine, j'ai aiguisé ma cervelle pour l'échec.


    The Wake- François And The Atlas Mountains- Balthus


    Je l'ai fait avec talent mon amour. Dans la grande maison, le piano laissait entendre plus le vent que des notes. Dans la grande maison, il y avait un gardien et des fantômes.

     

     

    Voilà, moi je te vois souvent: un reflet dans l'eau, une longue chevelure, une voix ... même mes paupières semblent avoir gardé l'odeur de ton corps. Maintenant, à travers les dernières feuilles, ton visage brun ronge le ciel. Les lèvres marquées au vin, je regarde dans le miroir - j'ai perdu la face blanche de l'amoureux ...

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