• Epiphanie

    Révélations et apparitions musicales.

  • Parfois la vie nous lessive, vraiment. Le deuil s'entoure de pétales imprononçables, de fleurs transparentes, de silences car plus rien n'a de goût. Comment alors pouvoir imaginer que le marbre s'illumine? Qu'après la plus violente détestation vient la candeur? 

     

    THE APARTMENTS - Fête Foraine.

     


    Tous ces sommets émotionnels qui bâtissent la cathédrale de notre vie crépitent dans Fête Foraine. Cette indescriptible intensité déposée comme une caresse,
    marquée comme un silence hante ce disque de The Apartments.

     

     

     

    Aucun album ne m'a accompagné comme celui ci. Frappé par une disparition, je n'écoutais plus rien. La musique m'avait laissé à mes remparts. Mes seules mélodies ont été le souffle du vent dans les frondaisons, les jeux de la pluie dans les gouttières, le ronronnement d'un chat envahi de lumière.

     

     

     

     


    C'est toutes ces mélodies que j'ai appris à goûter dans End Some Fear. C'est un peu un immense nuage noir qui se fendille en mille endroits pour laisser naître le soleil. Mais mon plus grand réconfort à été d'entendre Thank You Making Me beg. Je pourrais me fâcher à vie avec qui n'aimerait pas cette chanson. Elle est toujours cette présence radieuse, cet instant d'éternité où l'on saisit tout avec bien peu.

     

     


     

     

    Things You'll Keep vient déposer la chaleur là où tout a été laissé au repos.On Every Corner est une cavalcade amoureuse qui irradie tendrement un visage épuisé.
    Marqué de silences et de richesses, ce disque restera pour moi le plus émouvant des Coda.

     

     

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Kissa, Kissa ... il me fallait une musique, une musique pour un amour. Je revenais de mes journées froides et lisses comme l'acier, de mes années de coeur en hiver. Les paupières closes, mon sac à regrets posé lourdement sur les épaules, je vacillais dans une encombrante tristesse. Avril portait un goût fade sur les lèvres embrassées, les parfums ne plongeaient jamais dans le souvenir. Tous les parfums devenaient poussière Kissa. J'étais un amant tout terne et sec. J'ai trompé mes amoureuses. Perdu et injuste, je bordais simplement leur désillusion. Je préférais sans cesse ma solitude. Je restais muet. La maladie de mon père rôdait autour de ma gorge pour me nouer encore et encore. Mais aujourd'hui ma gorge se noue Kissa, avec cette même force, pour un feu qui tapisse mes visions. Je redeviens poète, les magnolias me portent leur saveur, le sel d'avril innonde mes lèvres. Chacun de tes baisers est unique, mon souvenir les classe de chapitre en chapitre.

     

    CHRIS COHEN



     J'écrivais pour la musique mais je ne lui rendais pas service, je l'écoutais peu. Si peu. Mon coeur ne daignait rien goûter. Peut-être une chanson de Mayo Thompson... Dear Betty Baby, oui... elle me rendait quelques étoiles, des fragments d'envies.





    Kissa, quand je marchais avec toi près de l'Erdre, quand le ciel de Nantes noyait son bleu de poussière blonde, oui, lorsque le soleil déroulait ses pélicules lumineuses sur ton visage j'avais en tête la musique de Chris Cohen. Elle ne me quittait pas. Je regardais le sommeil te rendre si belle durant cette traversée en bateau, nous revenions de l'autre rive - silencieux. Cette traversée me menait lentement, sans que je m'en aperçoive, vers toi mon amour. 




    La musique de Cohen, douce et abbrasive à la fois, collait parfaitement à ma vie. A la fuite romanesque des déceptions et de ma propre torpeur. Un divin carillion.  Il nous porte cette mélancolie famillière qui bascule, magnifiquement, dans la joie et l'espérance. Heart Beat signe cette évidence, merveilleuse composition où les choeurs se lovent comme jamais.





    Je repense toujours à Stendhal qui disait qu'il ne fallait jamais écrire sur la musique que l'on admire. Mais comment résister lorsque l'amour se mêle à la musique et nous offrent les mêmes indélébiles pulsasions?


     

    CHRIS COHEN


    Kissa, j'écoute Optimist High et je savoure la courbe de ton profil, la coupe de tes yeux, ta peau si blanche. Toute cette musique se compose de toi, c'est pour cela que je l'aime.









     

     

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks

    2 commentaires
  • Paul l'attendait. C'était devant une petite chapelle, la chapelle de la pureté. Devant lui, un immense panorama fendait l'horizon - de vastes plaines jaunes, des bouts de forêts au vert sombre et de minuscules collines toutes rondes fabriquaient le paysage. De larges cumulus, presque métalliques, dévoraient le ciel. La pluie allait venir, les choucas faisaient vibrer les hautes branches d'un cèdre. En contre bas, un village aux maisons courtes et blanches, reposait comme le visage d'une rêveuse. 

     

     

    Paul respirait le parfum de la vieille pierre, de la terre mouillée par les premières averses. Allait-elle arriver avant la pluie ? Il entamait de petites prières mentales, fermait les yeux, murmurant ce qui certainement, il n'arriverait pas à lui dire. Le vent brusquait toute les silhouettes aux abords de la chapelle de la pureté. De vieilles femmes emportées par leur parapluies descendaient à toute vitesse vers le village, c'était comme de drôles de danses.

     


     

     Il la vit arriver de loin, dans l'Alfa Sud jaune de son grand père. Paul n'avait jamais réellement saisie sa beauté. Lorsqu'il l'observa sortir de la voiture, il la détailla précisément et ce fut d'une simplicité déconcertante. Elle portait près de ses lèvres les marques de la mirabelle, elle en amenait un panier rempli, ses cheveux blonds, mouillés brillaient mystérieusement. Leur couleur ne semblait pas définitive. Sa peau halée, ses larges sourcils, ses yeux gris, toute cette harmonie se jetait à la gorge de Paul, non pour l'implorer mais bien pour le saisir.

     


     

     La pluie tombait sur ses petites épaules nues. Paul l'enlaça un instant. Il respira longuement sa présence. Il était incapable de prononcer un mot. Ils s'abritèrent dans la petite chapelle. Elle était toute blanche comme une meringue. La foudre feulait sa lumière partout dans l'atmosphère. Un drôle de type fumait sa pipe en fixant un vitrail, des gosses jouaient entre les colonnes.

     

    Portrait

     

     

    C'était certainement le moment - Paul la tenait fermement contre lui, dans la chapelle de la pureté. Puis, calmement, il réalisa avec tristesse qu'il n'arriverait jamais à le lui dire.

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks

    2 commentaires
  • C'est une boîte de nuit infâme. Une moquette ravagée par les insomniaques se déroule sous tes pieds. Tu avances. Le comptoir brille un peu, c'est pas terrible. L'odeur, les visages blancs et cernés, les vapeurs d'alcools, des cris, la porte des toilettes ouverte tout ça devrait te faire fuir. Mais tu es là pour te perdre.

     

    Portrait

     

     

    Une nana parle toute seule sur un de ces fauteuils douteux, le fumoir au loin ressemble à un cube rempli de pisse. Délicieux endroit pour mourir. Mentalement, tu te passes les chansons que tu voudrais entendre, survie. On te sert une bière, enfin de la flotte dorée. Tout ça pétille inutilement dans ta gorge. 

     

     

     Tu bois. Une vieille femme avec des mitaines noires te parle de la Torah, son rouge à lèvres est peut-être violet. Sa bouche est un puits ignoble où la cendre dévore toutes les chairs. Tu te sens triste, tu penses avoir envie de baiser. Tu aimerais oser l'amour.

     

     

    Certains dansent devant les grands miroirs, ils échangent leur sueur entre des rasades de gin. On passe Michael Jackson, on passe parfois le dernier truc à la mode. Tout ça refoule la haute solitude. Tu te fous dans un coin humide, une blonde aux cheveux éternels vomit dans un seau à champagne, elle te sourit. La coupe de ses yeux dessinent parfaitement la nostalgie.

     

    Portrait

     

     

    Tu penses fumer mais tu n'en as plus envie. Tu veux partir, une jeune fille s'endort près de toi, des ombres ivres mortes hurlent, un type avec des lunettes de soleil regarde le plafond... la musique est poisseuse, sans vie, sans rien - elle s'agite.

     

     

    Avec qui vas-tu rentrer ? Tu vacilles dans la salle, tu te désespères. tu salues tout le monde et tu sors. Tu marches vite dans la fraîcheur, peut-être qu'un léger crachin réveille ton visage. Ta mémoire immobilise des regards, des hanches, des lumières, des voix et des seins. Tu voudrais respirer un parfum de femme, tu voudrais qu'elle revienne.

     

     

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • "  La Treizième revient... C'est encor la première ;

       Et c'est toujours la Seule, - ou c'est le seul moment :

       Car es-tu Reine, ô Toi! la première ou dernière ?

       Es-tu Roi, toi le seul ou le dernier amant ? ... "

                                                                              Nerval

     

    Portrait

     

     

    Bois ton eau fraîche mon amour, bois, et on fera de ces heures suspendues de vaillants symboles, des miroirs fendus de gaieté, de printemps. Bois à t'empêcher d'ouvrir l'écorce brune de l'automne, cette saison de marbre qui grapille au coeur de nos mains nos destins - nos allures.

    Comme se couvrent nos paupières, dès que le vent mène sa pâleur, mène son écho de frondaisons mortes, séchées au soleil, désolées.

    Bois, pour que je puisse venir te voir mon amour, bois pour le souvenir, pour les petits pas menés dans l'herbe profonde des clairières de Juillet, songe à ma peau, à mes ongles, à mes lèvres - songe.



     

    J'ai donné l'ombre aux rivières, donné le sourire aux passereaux, aux tendres pétales sans fard, sans illusions, ceux qui ne faneront jamais.

    Glisse ta main blanche, glisse ton odeur dans la mienne, brûle les larmes qui tachent tes cuisses, tes hautes cuisses qui apaisent ma faim. Glisse ta chaleur dans ma poitrine, dans mes veines - sur mon front.

     

     

    Jamais lâché, courbé sous un poids de cendres, je mène la distance comme une croix. La distance des journées de sable, journées qui fondent à la lueur du regret.

    Alors bois mon amour, bois ces heures échevelées, bois ma douceur, bois ma colère. N'aie plus soif - oublie-moi.

     


    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique