Je foutais tous les livres en l'air chez un bouquiniste d'Aix en Provence. Je tuais le temps. Les prix montaient à la rude, le salaud. Un pavé de Voltaire? Pam! Les vertus de la camomille? Très peu pour moi! J'en valdinguais encore. Et voilà que le hasard véloce me flanqua une perle: Secret Identity.

Je fuyais comme un féroce avec ce bijou sous le bras, arpentant des rues fondantes sous la chaleur. J'allais direct dans la pénombre de mon appartement. Premier disque trouvé, premier passé. Ariel Pink.
La foutraquerie de l'américain collait à merveille avec mon feuilletage. Rythmique déglinguée, voix perfide et lubrique. Un sommet.
J'ai toujours aimé ce bricolage, moi, qui ne suis pas du tout manuel. Dans les comics érotiques, on retrouve cet amateurisme émouvant: histoire débile, trait à la va vite et parfois encrage et papier de merde. Un délice.
Pourtant dans ce bordel, il y a ces petits instants d'éternité, de grâce et de pureté.

Ariel Pink c'est un peu le parfum d'une moquette pourrie de boîte de nuit, c'est trop de maquillage, c'est de la sueur et du bandana, en gros du n'importe quoi magique. On y fouille avec jouissance pour retirer de temps à autres des pépites.
J'aime ce decorum insensé. Je me souviens d'une vieille bande dessinée argentine où des lesbiennes vengeresses, accessoirement vampires, terrorisaient un petit bled catholique. Un must que j'ai perdu honteusement. Maudit jeu de cartes.

Voilà donc des oeuvres qui s'écoutent et se lisent avec une seule main. Ariel Pink en sait quelque chose lui qui fait galocher des chiens sur ses pochettes. Slow et tissus qui collent nom de Dieu!
Je me souviendrais toujours de ces délicieuses lectures. Secrètes et intenses, légères et marquantes.
Ariel Pink lui aussi laisse des empreintes... toutes vives.
