Mon amour, tu te souviens de ces nuits où parfois pour fuir nos ivresses, tu me lisais une page de Maïakovski ?
Toi et ton parfum de rivière, ton maquillage clair qui faisait des traces sur ton corps, partout ton corps, que je dévalais de lèvres en lèvres avec mon coeur emprisonné dans la gorge.

J'enfouissais au creux de ton dos mes timidités et mes rages, mon sperme comme une étoile brillante glissait le long d'une jambe, on fumait nos Lucky en regardant le cosmos du haut plafond quand les camions à ordures lançaient leur sirène tôt le matin, tu éclatais de rire au beau milieu des parfums de café et de citronnelle.

Souvent, on se taisait surtout avant de faire l'amour, chaque son était sacré pour moi, le son de tes colliers d'or blanc, les crépitements de tes cheveux... je suis peut-être le dernier poète disait Vladimir, ta voix chaude le chantait très bien bien ce long poème.
Quand la ville reprenait ses balancements électriques, je posais mon visage à peine éveillé contre le tien, on écoutait Fugazi avec le mauvais walkmen de ton oncle, les types de la voirie transportaient de vieilles chaises oranges et moi comme un con je te demandais en mariage, enfin, en rigolant tu te serrais contre moi, amoureuse, pour me dire en russe qu'il était temps que l'on aille se doucher à la plage. Et j'allais faire l'enfant dans les vagues, diluant dans le sel de la mer, tout mon amour pour une femme.