Milena, un jour, amena Kafka sur les hauteurs de Vienne. L'air doux et rassurant des collines tempéra l'écrivain, éloignant le vertige. Son accompagnatrice, pour le guider, marchait rapidement devant lui. Kafka en oublia quelques instants sa maladie....
Il y a peu, je me replongeais dans cette oeuvre insensée du clair obscur: Le péché de Franz von Stuck. Voilà une oeuvre de chapelle ensevelie. Peu de monde y goûte mais certains trouvent cette création indispensable. Un anonymat parfois incendié par des...
Je terminais la lecture de Paul et Virginie avec un mauvais vin marocain. J'avais l'esprit salement amoché. La nuit avait sa tronche de louve, elle multipliait les silences. L'alcool faisait des tempêtes dans ma gorge, j'avais besoin de réconfort. Je...
Je transporte avec moi, sans cesse, dans une vieille veste de velours élimée, une enveloppe sentimentale. A l'intérieur de celle-ci se trouve une carte postale pliée et repliée. Le portrait d'une dame fait par Paolo Uccello. C'est un reliquat émouvant....
Adorno se questionnait: peut-on se relever de l'horreur? Du massacre, de la haine... en faire des valeurs poétiques? Paul Celan a livré le plus beau chant de vie possible. Je perçois dans l'extrême mélancolie de cette composition de The Walkmen, le tissage...
L'insondable tristesse, l'écoute des chants terribles et profonds. Rilke pensait qu'un homme ne pouvait supporter la présence de l'ange. Trop intense, trop radical. La poésie de Sylvia Plath possède cette intensité presque dérangeante. Elle coupe, noue,...
La guerre - c'est une bourrasque insupportable. Elle trimbale son flot de morts et de secrets. Elle jacasse et aime le vacarme, elle distribue les offenses comme seule le fait une reine. C'est injuste et con comme la mort la guerre. Elle fait jouer des...
Je foutais tous les livres en l'air chez un bouquiniste d'Aix en Provence. Je tuais le temps. Les prix montaient à la rude, le salaud. Un pavé de Voltaire? Pam! Les vertus de la camomille? Très peu pour moi! J'en valdinguais encore. Et voilà que le hasard...
Le mysticisme de Chagall m' a toujours envoûté. Lui que l'on ne peut rattacher à aucune école. Il était simplement lié à ses rêves, imperturbable ensorceleur. Il voyait dans la Bible la plus grande source de poésie de tous les temps. Il y mettait la douceur...
Le Miroir. J'ai essayé d'être aimé. Elle, ma Comtesse Othenin d'Haussonville, son reflet, sa sueur acidulée. Je laisse passer les jours, les mois, les années. Vague parfum de glycine, mois de juin, mur de pluie puant de chaleur, je fais une longue marche...
Juillet fêtait ses artifices. Quel mois séduisant, Dieu, quel mois séduisant. Il se retrouvait devant le port, il avait avec lui un tas de lettres. De jeunes comoriennes aux longues jambes de nuit traînaient près de l'eau plaquée d'hydrocarbures. Il s'en...
Paul l'attendait. C'était devant une petite chapelle, la chapelle de la pureté. Devant lui, un immense panorama fendait l'horizon - de vastes plaines jaunes, des bouts de forêts au vert sombre et de minuscules collines toutes rondes fabriquaient le paysage....
Morlaix, fin d'après-midi, ciel calme. Ce moment où, deux lumières différentes se rencontrent. Le jour apaise la nuit durant d'étranges minutes. C'est un spectacle muet et insolent. Longtemps, c’était mon moment privilégié pour voir un film de Rohmer....
C'est avril avec ses grandes franges d'or. Je collectionne les insomnies en regardant des Dario Argento. Au petit matin, le bitume dégage un parfum fort d'amande. Les nuages cavalent dans un lapis-lazuli impressionnant. Une nuit qui tombe devant mes yeux....
Je me relisais. Dans un des mes carnets usé d'adolescent: " Je suis un poseur de bombes mélancoliques et toutes ces phrases... ce sont de bien mauvaises déflagrations. A vrai dire, je suis un peu l'homme jasmin d'Unica Zürn. Empêtré dans les mêmes parfums,...
Je me promenais avec une étrange italienne qui voulait visiter les cimetières corses. Ces petits établis de stèles blanches à flanc de colline où circule le vent ocre des plaines chaudes. On buvait du vin dans les palmeraies, Romanella lissait sa peau...
Dans l'appartement vide, il ne me restait qu'un tas de lettres. Celles que j'avais écrites durant les nuits douces de mai ou dans la terreur froide des journées de janvier. Elles ressemblaient à de petites muettes étalées sur le vieux parquet en bois....
La mèche fraîche collée sur la tempe, rousse, les yeux noirs, tu déposes tes secrets - à droite, à gauche - tu m'envahis. Tes hanches trop larges et belles, tendues, ta cambrure, cet arc incendiaire dans lequel j'ai fait fondre toutes mes nuits, tout...
On aimerait, de temps à autres, jouer les forces de l'ordre du mauvais exemple, dans un violent excès d'autorité, obtenir par la seule coercition de faux aveux de la part des victimes temporaires ainsi faites, juste comme ça, parce que ça arrangerait...
Leo Berne est un cavalier, il échappe en partie aux créations qu'il enfante. C'est un don prodigieux. Certaines de ses photographies semblent de marbre. Et pourtant, il dispose sur ces éclats froids tout le sel du vivant. Les couleurs sont fortes ou discrètes,...
Je ne vais te donner aucun amour. Les grandes lignes froides et la couleur, le noir épais qui s'époumone comme du sang dans ta mémoire, le vent sans rien, qui fait vaciller l'immobile. Oui, je ne vais rien te donner. On ressemblera au rêve des amants,...
J’ai perdu peu à peu le sens des mots. Je ne m’endors plus pour les rêves. Les parfums que je respire n’ont plus leur souvenir. Ma chambre balance sa solitude et ne supporte plus la lumière. Comme tout est parti, comme tout est parti avec toi. Je vais...
" La Treizième revient... C'est encor la première ; Et c'est toujours la Seule, - ou c'est le seul moment : Car es-tu Reine, ô Toi! la première ou dernière ? Es-tu Roi, toi le seul ou le dernier amant ? ... " Nerval Bois ton eau fraîche mon amour, bois,...
La pluie avait cessé. Des milliers de feuilles flottaient sur l'eau brune de l'Adour. J'ouvrais grand les fenêtres de l'hôtel pour laisser le vent circuler et toi, tu enfouissais ton petit minois dans un coussin jaune citron. Septembre déroulait déjà...
Kissa, Kissa ... il me fallait une musique, une musique pour un amour. Je revenais de mes journées froides et lisses comme l'acier, de mes années de coeur en hiver. Les paupières closes, mon sac à regrets posé lourdement sur les épaules, je vacillais...